Le chiffre ne fait pas la une des journaux, et pourtant il pèse lourd : chaque année, des milliers de dirigeants découvrent qu’en SASU, les dividendes sont taxés deux fois. Première couche : l’impôt sur les sociétés. Deuxième passage à la caisse : les prélèvements sociaux. Ce mécanisme de double imposition échappe souvent aux radars, surtout lors des premiers pas dans l’entrepreneuriat. Même l’assurance chômage, tant espérée, reste hors de portée pour le président, cotisant ou non. Le statut d’assimilé salarié n’y change rien.
Ces réalités fiscales et sociales ne relèvent pas du détail : elles influent directement sur les choix de structure. Pour les sociétés où la distribution de dividendes est la règle, le déséquilibre devient flagrant. L’arbitrage entre souplesse juridique et impact financier prend alors une toute autre dimension.
SASU : un statut qui séduit de plus en plus de créateurs d’entreprise
La SASU, ou société par actions simplifiée unipersonnelle, s’impose comme une solution singulière pour la création d’entreprise. Son principe ? Un associé unique, un cadre juridique d’une grande flexibilité. La SASU reprend l’ADN de la SAS pour l’adapter à l’entrepreneur solo. Résultat : un engouement qui ne faiblit pas, porté par la souplesse de fonctionnement et la promesse d’une séparation nette entre biens personnels et professionnels.
L’attrait pour la création SASU ne tient pas du hasard. Ici, le capital social est à la main du créateur : 1 euro suffit pour démarrer. Les statuts se rédigent à la carte, tant pour la gouvernance que pour les modalités de décision. L’associé unique prend la tête de l’entreprise comme président de SASU, cumulant les leviers de la gestion et du pilotage.
Pour autant, l’aventure SASU se construit en plusieurs étapes. Il faut constituer et déposer le capital social, rédiger soigneusement les statuts, publier une annonce légale, puis désigner les bénéficiaires effectifs. Ces formalités administratives engendrent des frais supérieurs à ceux d’une micro-entreprise ou d’une EURL. En revanche, l’ouverture future à de nouveaux associés se fait sans friction : la transformation en SAS est immédiate, ce qui constitue un vrai levier pour les entreprises amenées à grandir.
Ce cadre légal n’est pas sans exigences. La SASU doit tenir une comptabilité complète, déposer ses comptes chaque année, respecter des règles juridiques strictes. Cette discipline, parfois dissuasive pour certains porteurs de projet, forge une réputation de sérieux, souvent recherchée par les partenaires et investisseurs.
Quels avantages concrets pour l’associé unique ?
Pour l’associé unique, la SASU offre une palette de garanties et d’outils de gestion. Premier atout : la responsabilité limitée. L’associé voit son patrimoine personnel protégé, sauf faute grave dans la gestion. Cette sécurité rassure, tout particulièrement lors des premiers mois d’activité, quand l’incertitude domine.
Autre avantage non négligeable : le président de SASU qui se rémunère bénéficie du régime général de la Sécurité sociale. Cela lui ouvre une protection sociale comparable à celle d’un salarié : couverture maladie, retraite, indemnités journalières… Le tout, à condition de recevoir un salaire régulier.
La flexibilité de gestion marque aussi des points. L’associé unique choisit librement entre salaire et dividendes. Les dividendes échappent aux cotisations sociales, mais subissent la flat tax de 30 %. Cette souplesse permet d’ajuster la rémunération en fonction de la rentabilité et des besoins de l’entreprise.
Côté fiscalité, la SASU est soumise par défaut à l’impôt sur les sociétés, avec possibilité d’opter temporairement pour l’impôt sur le revenu (cinq exercices maximum). TVA récupérable, frais professionnels déductibles : ces leviers séduisent particulièrement les consultants et professions libérales. Du choix du mode de gouvernance à la transmission de l’entreprise, la souplesse reste un fil conducteur.
Le principal inconvénient de la SASU : faut-il s’en méfier ?
La SASU affiche un profil attractif : gouvernance flexible, responsabilité encadrée, rémunération modulable. Mais derrière cette façade, le coût social du dirigeant fait figure de point noir. Le président affilié au régime général supporte des cotisations sociales particulièrement élevées. Ce niveau de protection, s’il sécurise, pèse lourdement sur la trésorerie, en particulier au démarrage.
Sur le plan social, la vigilance s’impose. L’assurance chômage n’est pas accessible au président de SASU, à moins de renoncer totalement à toute rémunération. Autrement dit, le dirigeant doit composer sans filet pendant les périodes d’inactivité. Si le patrimoine reste préservé, le risque personnel demeure en cas de baisse ou d’arrêt d’activité.
Le quotidien administratif s’avère, lui aussi, exigeant : comptabilité en partie double, dépôt des comptes, publications légales… La SASU réclame un suivi méticuleux. Et lorsque vient le temps d’arrêter l’activité, la fermeture impose une dissolution puis une liquidation, une procédure aussi technique que coûteuse. Les frais, plus élevés que dans d’autres statuts, peuvent constituer un frein pour de nombreux entrepreneurs.
Pour résumer concrètement les difficultés majeures à anticiper :
- Le président ne bénéficie d’aucune assurance chômage
- Les charges sociales sont importantes dès le premier euro de rémunération
- La comptabilité et le respect des obligations juridiques nécessitent rigueur et organisation
- Les démarches de dissolution et liquidation peuvent vite devenir un casse-tête
En cas de franchissement de seuils (bilan supérieur à 4 millions d’euros, chiffre d’affaires au-delà de 8 millions, ou plus de 50 salariés), la nomination d’un commissaire aux comptes devient obligatoire. Pour la plupart des SASU, cette contrainte reste théorique, mais elle rappelle que la simplicité a ses bornes.
Comment bien choisir entre SASU et autres formes juridiques ?
La SASU séduit celles et ceux qui recherchent à la fois responsabilité limitée et agilité dans la gestion. Pourtant, ce modèle ne correspond pas à tous les entrepreneurs. Le choix s’articule autour du chiffre d’affaires visé, de la stratégie de rémunération, et du niveau de protection sociale souhaité.
Face à la micro-entreprise, la SASU impose des formalités administratives plus lourdes : statuts à rédiger, capital à déposer, annonce légale à publier, déclaration des bénéficiaires effectifs. Les frais de création sont plus élevés. La micro-entreprise, réservée aux entrepreneurs individuels, propose un régime fiscal simplifié, mais pas la même marge de manœuvre sur la rémunération ou la gestion de la TVA et des frais professionnels.
Comparée à l’EURL, la SASU se distingue par une protection sociale qui change la donne : le président, rémunéré, relève du régime général, tandis que le gérant d’EURL reste affilié à la Sécurité sociale des indépendants. Cette différence influe sur le coût des cotisations et la qualité de la couverture. Autre distinction : la SASU facilite l’entrée de nouveaux associés et la transformation vers une SAS, grâce à sa flexibilité statutaire.
Pour visualiser les différences entre chaque statut, ce tableau synthétise les caractéristiques principales :
| Forme | Responsabilité | Régime social | Fiscalité | Formalités |
|---|---|---|---|---|
| SASU | Limitée aux apports | Sécurité sociale (président rémunéré) | IS ou IR (sur option temporaire) | Élevées |
| EURL | Limitée aux apports | Indépendants | IS ou IR | Moyennes |
| Micro-entreprise | Illimitée (hors option EIRL) | Indépendants | Micro-fiscalité | Faibles |
Choisir un statut, c’est accepter les concessions qui vont avec. Reste à déterminer quelles contraintes pèsent le plus lourd dans votre projet et jusqu’où vous êtes prêt à aller pour que l’entreprise ressemble à vos ambitions.


